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<p>Despuei 1984</p>

Despuei 1984

 

Ecouter Massilia, c’est impératif !

Et ce n’est pas la passion qui me fait dire ça, mais l’analyse linguistique détaillée des textes. Mot après mot, phrase après phrase, lyrics après lyrics.

Ecouter Massilia, c’est impératif. Car l’impératif, c’est justement le temps qui caractérise les textes du groupe. Pour Massilia, il est impératif de prendre la parole, de parler sa langue (« Parla patois ! »), de ne pas se laisser aller (« Fai pas lo morre ! »), de regarder devant soi (« Vetz T »), de circuler (« roulez bus de nuit »), de danser (« entre dans la danse avec les joyeux voyous »), de sauter (« Jompa vo ! »), de défier les pouvoirs en place à travers l’expression artistique (« sois un délinquant musical »), de ne pas se laisser abuser (« Refusez la pression »), d’être vigilant (« Mèfi ! »), de refuser la compromission et la prise de teston (« Brûle ces papiers… »), de stopper la connerie humaine (« Stop the cono », vaste programme…), de dire « non au Front » (et pour ça y’a pas d’arrangement), et surtout, surtout, il est impératif de (se) bouléguer.

Bouléguer, de l’occitan bolega, verbe quasi incantatoire et omniprésent chez Massilia qui traduit l’action primordiale, l’impulsion initiale, l’élan indispensable, l’étincelle qui met le feu aux poudres, le premier pas sur le chemin, la Voie, la vie… Big-Bang Bolegan !

Pour Massilia, il est d’abord impératif de bouléguer son corps (verbe transitif), de remuer son tafanàri, de bouger son cul, de lever la jambe et le pied pour mieux (re)lever la tête. Ensuite, il faut se bouléguer (verbe pronominal), pour échapper à l’inertie morale et sociale, pour ne pas rester tanqué comme un stàssi : « boulègue-toi mon collègue ! » (traduction : « mon ami, dote-toi d’une énergie auto-suffisante qui te permettra d’affronter le monde » ; ça sonne mieux en marseillais, non ?). Enfin, il faut bouléguer tout court (verbe intransitif), pour partager, célébrer, communier (« viens avec nous bouléguer ») mais aussi agir, faire monter l’aïoli, libérer les énergies positives, laisser s’exprimer l’estrambord provençal et mettre le oai partout et de longue. Mais ça part de là ! Ici ! Maintenant ! Chez soi, dans la rue, au pied du bâtiment, car Massilia ne se trompe pas d’échelle : « per bolegar lo pais d’en promier bolega lo canton ». Pour faire bouger tout le pays, d’abord fais bouger ton quartier.

Refus de l’immobilisme, invitation à (ré)inventer le quotidien, injonction à faire tomber les murs et à (s’af)franchir des frontières… Finalement, ce que propose Massilia depuis le début, c’est une variante sans cesse enrichie, mise en mots et en rythme(s), du « Get up stand up » (ou du « Lively up yourself » ?) d’un certain Bob Marley. Ce qui nous ramène à l’un des premiers slogans de Massilia : « L’arme est jamaïcaine mais la cartouche est marseillaise ». Bang ! Bolegan !

Au-delà des modes et de l’air du temps, Massilia conjugue le mode impératif : il est plus que jamais temps. Avec une grammaire marseillaise, pour mieux parler au monde… Allez ! Zou ! Boulègue collègue !

 

Médéric Gasquet-Cyrus