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<p>Fairly</p>

Fairly

Rendez-vous dans l’île aux cygnes
Il y a des enregistrements d’exception qui nous obsèdent au point de juger tous les autres à l’aune de la fascination que ces surprenants chef-d’œuvres exercent sur nos cerveaux ordinaires. Fairly est de ceux-là… Il en va de Fairly comme de Kind Of Blue, Electric Ladyland, A Love Supreme, Hot Rats, Out To Lunch, Rock Bottom, Il N’y A Plus Rien et de quelques autres, nous sommes prêts pour les célébrer, à graver dans le marbre toute une liste de superlatifs imparables… « Je » (mais il est possible que « je » ne sois pas le seul) considère Fairly comme un des plus remarquables albums de piano solo de l’après Bill Evans. Pourquoi ne pas dire « le » plus remarquable, tant je revisite ses infinis délices avec la fréquence obsessionnelle dont je n’honore que certains Thelonious Monk, Bud Powell ou Bill Evans. J’exagère… je le sais… c’est insupportable… et Solal ? et Hawes ? et McCoy ? et Abdullah ? et Paul Bley et Herbie ? et Jarrett ?... et bien je vendrais tous les « Facing You » de la création pour « L’île aux cygnes » sachez-le ! Tout ceci est déraisonnable, j’en conviens, Michel Graillier serait le premier à me le reprocher, lui qui était l’incarnation de la modestie et de la discrétion. D’ailleurs, traître à sa cause, je ne le ménage pas non plus, puisque je donnerais tous ses autres disques pour ce seul Fairly… Son « île aux cygnes » est devenu ma Gymnopédie… mon deuxième mouvement du Concerto en Sol… mon Ile engloutie !


L’inaccessible étoile
Fairly a été initialement publié en 1992 par un petit label œuvrant dans la musique classique « ancienne » voire « d’église »… Perdu dans un univers qui n’était pas le sien, sa diffusion en fut quelque peu « aléatoire »… Longtemps j’ai été peiné par cet état de fait, rêvant en compagnie de mon ami Philippe (Pouparou pour les intimes) de faire « quelque chose »… Grâce à lui, nous nous sommes décidés à établir le contact avec Michel Blanvillain producteur chanceux de cette séance miraculeuse. Nous lui proposâmes le rachat de la bande… comme ça… sans savoir ce que cela pourrait coûter… sans savoir ce que nous pourrions en faire… histoire de s’assurer que cet enregistrement ne disparaîtrait pas dans d’abyssales oubliettes… La bande n’était pas à vendre mais éventuellement à « licencier »… Il fallu patienter quelques mois et ma nomination comme responsable éditorial du label Le Chant du Monde, pour que nous puissions enfin agir. Entre temps, nous avions suggéré à Philippe Ghielmetti dont le label était en pleine ascension, de produire un nouvel enregistrement « solo » de Michel Graillier. Ghielmetti au souvenir de l’association Paul Bley - Gary Peacock préféra un duo associant Michel Graillier et Riccardo del Fra, l’une des « dream team » de Chet Baker. Ainsi fût réalisé en juin 2000 l’incontournable Soft Talk. Afin de ne pas perturber le délicat et indispensable travail de promotion entrepris par Philippe Ghielmetti, qui devait assurer à Soft Talk un succès commercial largement mérité, nous patientâmes jusqu’en 2002 avant de commercialiser une première édition de Fairly sous la référence 274 1146.


A la recherche des bandes perdues
Quelques semaines plus tard je faisais la connaissance de Patrick Fournier, accordéoniste du trio Freebidou, dont l’album Baby Foot Party était sur le point de paraître chez Le Chant du Monde. C’est lui qui m’apprit, après le décès de Michel survenu le 11 février 2003, sa participation à la séance d’enregistrement de Fairly sur la demande expresse de Michel Graillier. C’est par lui que j’eus la confirmation que d’autres « prises » existaient qui n’avaient pas été retenues au moment du montage définitif de l’album. Une nouvelle quête commençait, dont Micheline Graillier allait assumer la part la plus déterminante alors que nous étions au bord du découragement et du renoncement. C’est à sa persévérance que l’on doit aujourd’hui la découverte des sept titres « bonus » de la présente édition. Hélas nous n’avons pas (encore) remis la main sur les bandes originales mais sur une cassette analogique de sauvegarde. Confiée aux bons soins de Gérard de Haro et de son équipe du Studio La Buissonne, où Michel Graillier enregistra son dernier album Soft Talk, cette bande a été restaurée au maximum des possibilités techniques actuelles tout en ne pouvant prétendre rivaliser avec la qualité du CD n°1. La présente édition restitue en outre le travail de conception graphique du peintre Martin Lartigue tel que Michel Graillier l’avait souhaité lors de la première édition de Fairly et que nous n’avions pu respecter pour des raisons d’ordre technique à l’occasion de la précédente réédition de 2002.


Alain Raemackers