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On n'est pas là pour se faire engueuler

On n'est pas là pour se faire engueuler

Des commentateurs aussi passionnés que pressés ont pris l’habitude de saluer le quintet blésois comme un des plus brillants acteurs de la sphère « Jazz Manouche ». Tout ceci est fort sympathique, justifié par certaines de leurs affinités électives et sans doute mérité pour plusieurs de leur relecture de titres du répertoire Reinhardtien. Hélas cette chaleureuse présentation est quelque peu trompeuse, réductrice et sujette à de possibles malentendus. Les « Pommes » avaient pourtant devancé les risques d’une éventuelle usurpation de mérite et de qualité en détournant l’expression « pompe manouche » pour un provocateur « pomme de ma douche ». Subtilité d’un humour à la française qui ne manque pas de susciter mystère et incompréhension chez leurs fans Nippons et Américains…
S’il fallait définir la sphère artistique dans laquelle les « Pommes » agissent avec tant de brio, d’enthousiasme et de fraîcheur ; si nous devions qualifier le véritable moteur de leur musique ; un seul vocable possible : le swing. Ainsi les « Pommes » auraient été mieux inspirées de se baptiser « Les Fous de Swing » ou « Les Traqueurs de Swing ». Qui dit « Swing » dit bien entendu « Jazz Manouche » qui en est une des plus brillantes et excitantes émanations. Ce fut le sujet principal de leur premier album paru en 2000 « Y va tomber des cordes ! ».
Qui dit Swing en France est également synonyme de Charles Trénet qui révolutionna le monde de la chanson en insufflant le swing dans la versification à la française. Ce fut le sujet exclusif de leur deuxième album paru en 2003 « J’ai connu de vous Monsieur Trénet ». C’est aussi et peut-être avant tout le maître mot du Jazz, ainsi que nous le rappelait Duke Ellington dans son célèbre adage « It don’t mean a thing if it ain’t got that swing ». Alors, afin de bien faire passer le message et de lever toute ambiguïté quand à l’appartenance des Pommes de ma Douche à la cohorte des « Gadjés » qui prétendent parfois nous restituer l’art de Django Reinhardt plus fidèlement que ne le font les manouches eux-mêmes, le nouvel opus des « Pommes » débute par un titre d’un des plus brillants « master in swing » de l’histoire : Count Basie. Son fameux Tickle Toe (co-signé par Lester Young) introduit le programme de ce troisième album.
« On n’est pas là pour se faire engueuler » est un clin d’œil appuyé à l’écrivain français Boris Vian qui fut un des plus grands défenseurs, commentateurs et propagateurs du jazz en France. Qu’ils abordent le jazz, la chanson française où qu’ils enrichissent le répertoire swing de leurs nouvelles compositions, les Pommes de ma Douche le font avec modestie et brio, rigueur et humour, générosité et subtilité.