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Steeve Laffont

Steeve Laffont

C’est toujours la même rengaine… Chaque fois que l’on présente un guitariste manouche on commence par s’extasier sur les aptitudes précoces du sujet à manier la six cordes en virtuose. Génie tout aussi précoce que Mozart, autodidacte sans complexe... aux innocents les mains pleines ! L’histoire se répète, “je me demande pourquoi la nature met tant d’entêtement, tant d’adresse, tant d’indifférence biologique, à faire que vos fils ressemblent à ce point à leur père...” (Léo Ferré). Eh bien le père de Steeve Laffont, bien que manouche, n’est pas musicien.

Il a simplement remarqué que son fiston, dès son plus jeune âge, était capable de chanter juste n’importe laquelle des chansons ou des mélodies qu’il entendait. Le rejeton Laffont avait fait de cet exercice son passe-temps favori. Monsieur Laffont, tout admirateur de la tradition guitaristique de sa communauté, offrit à son fils... un clavier. Du genre “Bon-Tympan” avec boite-à-rythmes intégrée. Nous sommes en 81, à l’orée de cette décennie catastrophique sacrifiée sur l’autel du disco. Steeve est âgé de six ans depuis le 10 novembre. Ça ne lui déplait guère de briller sur son ersatz d’instrument. Son oncle, Mario Petriccioli, est d’un tout autre avis.

Il tient à ramener son neveu dans le droit chemin de la tradition manouche. Bientôt, il lui offre sa première guitare et lui montre les quelques rudiments dont lui-même a hérité de la pratique communautaire des standards de “celui dont on ne prononce pas le nom”. Non seulement Steeve Laffont va adopter l’instrument comme la louve s’appropria Mowgli, mais il va vite prendre conscience des immenses lacunes de son mentor, tant au niveau rythmique qu’au plan harmonique. Sans posséder la moindre notion de solfège, il va progressivement constituer son propre langage, réinventer les accords et les doigtés qu’exige la musique et se lancer dans des improvisations des plus personnelles.

Ils sont sans doute des centaines au sein de la communauté manouche à pratiquer la guitare avant d’apprendre à marcher. Mais combien sont-ils capables avant l’adolescence, d’affronter n’importe quelle scène et de susciter l’admiration du plus chevronné des musiciens ? Le cliché n’est pas tant dans le constat du talent précoce de quelques jeunes bretteurs que dans la croyance chimérique que leur appartenance à une communauté leur donne à coup sûr le génie. On retrouvera donc, à quelques détails prêts, dans la genèse de Steeve Laffont, des similitudes avec celles de Raphaël Fays, de Bireli Lagrene ou de Tchavolo Schmitt. Steeve Laffont ne diffère qu’en un point, jamais, jusqu’à l’âge de 30 ans, ni lui, ni personne dans son entourage, n’ont envisagé qu’il puisse faire profession ou tirer quelque profit de ses dons exceptionnels dans le domaine du “jazz manouche”.

C’est au hasard d’une rencontre « hors communauté » que Steeve Laffont va être amené à enregistrer un premier album en studio en décembre 2004 en compagnie de Rudy Rabuffetti à la guitare et de Serge Oustiakine à la contrebasse. Cet album (Sré Kidjalés) brut de décoffrage, à la diffusion chaotique, va tout déclencher et obliger Steeve Laffont à sortir de sa réserve. En 2008 il est invité à rejoindre le projet “Latchés” en compagnie de Yorgui Loeffler, Chriss Campion et Gino Roman. Aujourd’hui on se bat pour le programmer ou l’enregistrer et ce n’est qu’un début.

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